Des gens extraordinaires

Je tiens à remercier du fond du coeur l’équipe du Pavillon Philippe-Lapointe, où ma mère a passé plus de deux ans au 1er étage. Toutes et tous, jour après jour, je vous ai vu faire preuve non seulement de professionnalisme mais surtout de respect et de compassion envers les résidents, dans les soins prodigués, les petits gestes de tendresse, la gentillesse de vos paroles.

Dans un système déshumanisé, vous apportez la chaleur humaine. Vous faites un métier difficile, mais vous le faites avec beaucoup d’amour. Vous êtes des gens extraordinaires.

Le ministre de la Santé gagnerait beaucoup en s’inspirant de gens comme vous.

Encore une fois, un très grand merci.

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Les déesses de mon enfance

À ma mère, femme merveilleuse, qui vient de s’en aller. La mort n’est qu’un pas de la danse…

 

enfance ma valse lente
dans les forêts du temps
je vous ai dansée doucement
et vous m’avez tourné la tête
enfance mon ivresse
j’ai bu votre saison
comme une eau de lumière
comme une source folle

et ma grand-mère grande déesse
dans les jardins du jour levant
m’apprenait la chanson du vent
le nom des fleurs et la sagesse
et l’amour de la terre
et la beauté de toute vie
dans le respect de l’univers
dans l’harmonie et la magie
si je ne crains pas de vieillir
c’est à cause de son sourire
et dans le silence des nuits
je me souviens toujours
de sa tendresse

enfance sauvagesse
qui savez parler aux oiseaux
de vous j’ai connu le langage
des pierres des herbes des ruisseaux
j’avais rendez-vous dans l’aurore
avec mes frères les bouleaux
j’avais des cailloux pour trésor
et des nuages pour château

et ma grand-mère grande déesse
prenait ma main et m’emmenait
voyager parmi les secrets
de cette terre qu’elle aimait
me disait que le temps
n’est jamais ce qu’on pense
me disait que la mort
n’est qu’un pas de la danse
et que toutes les saisons
toujours nous recommencent
des racines au soleil
des feuillages aux fruits
de l’arbre à l’infini

enfance casse-cou
qui avez déployé vos ailes
sur les chemins des rêves fous
l’aventure des forêts si belles
de vous mon âme aura appris
à garder le goût des merveilles
à rester sans cesse rebelle
à vouloir défaire la nuit

et ma mère consolait mes peines
soignait mes genoux écorchés
et tout au long de mes semaines
était toujours là pour m’aimer
elle m’a appris à écouter
la voix de l’âme sous les mots
et la musique et le silence
qui n’ont jamais besoin de drapeaux
à ne pas vivre d’apparences
car le coeur n’est jamais de trop
et cet amour qui nous lie
reste encore aujourd’hui
mon immense richesse

et c’est ainsi que j’ai grandi
entre le femmes de ma vie
belles sorcières grandes déesses
dont l’esprit m’a donné pays
enfance douce magicienne
je garde votre poésie
comme un feu profond dans mes veines
vous embrasez toute ma vie

enfance ma valse lente
dans les forêts du temps
je vous ai dansée doucement
et vous m’avez tourné la tête
enfance mon ivresse
j’ai bu votre saison
comme une eau de lumière
comme une source folle

 

Paroles et musique :© Francine Hamelin (SOCAN)

 

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L’amie

 

il y a cette solitude
celle-là dont j’ai bien l’habitude
elle est là chaque matin
et prend ma main
marche avec moi sur le chemin
elle est fidèle plus fidèle que ne le sont même les chiens

elle est de ces jours de silence immense intense
où je sens la Terre qui danse
sous mes pas
elle est de ces moments bénis
où des éclats d’éternité viennent toucher ma vie
et chantent en moi

elle est aussi de ces jours gris
où la mort emporte la lumière de l’âme d’un ami
mais à travers ce que j’ai vécu de temps
pour voir la beauté de la Terre
elle m’a toujours donné des yeux d’enfant

il y a cette solitude
celle-là pour qui j’ai gratitude
avec son cœur de velours
sans faux-semblant et sans détour
elle est toujours sur mon parcours
elle est fidèle plus fidèle que ne l’est l’amour

elle est de ces moments d’infini
où tout l’univers n’est qu’une musique de vie
et de joie
elle est de ces jours où tremble le destin fragile et incertain
quand le doute m’étreint
quelquefois

elle est de mes nuits d’insomnie
où tournent dans ma tête
ce monde et ses abîmes de folie
mais à travers ce que j’ai vécu de temps
et malgré toutes les tempêtes
elle m’a toujours laissé mon âme d’enfant

il y a cette solitude
celle-là que jamais je n’élude
elle est de toutes mes souvenances
confidente de mon existence
compagne à la vaste présence
amie fidèle si fidèle de toutes mes errances

elle est de ces jours de soleil et d’éveil
où toute chose m’émerveille
à chaque pas
elle est de tous les paysages et me donne courage
lorsque l’horizon s’ennuage
parfois

elle connaît toute ma mémoire et mon histoire
si je m’égare dans la nuit
elle me redit l’espoir
et à travers ce qu’il me reste de temps
pour que s’illumine la vie
elle gardera toujours fervents
mes rêves d’enfant

 

© Paroles et musique : Francine Hamelin (SOCAN)

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L’éternel

sur les vitraux du temps
sur le vent de midi
aux pierres des ruisseaux
aux margelles des puits
sur les racines d’herbes
les chevelures d’arbres
sur l’écorce des pins
j’écrirai l’éternel
et le pays du coeur

sur les portes du jour
toutes grandes ouvertes
au coeur des ancolies
au parfum des lilas
sur les chemins de terre
les rêves des étoiles
les routes de mon sang
j’écrirai l’éternel
et le pays du cœur

sur un épi de blé
sur les demeures d’argile
aux vastes lunaisons
d’or et d’ambre et de cuivre
sur l’aile d’un oiseau
sur une fleur éclose
sur tous les sabliers
j’écrirai l’éternel
et le pays du cœur

aux saisons innombrables
aux moissons de lumière
aux pays éclatés
de vives floraisons
sur le bois des voiliers
sur l’espace du temps
sur tous les paysages
j’écrirai l’éternel
et le pays du coeur

 

© Francine Hamelin

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Voici le vent

Ce texte a été mis en musique et chanté par Karen Young sur l’album « La couleur du vent ».

 

à chaque instant la fin du monde
quand s’éteignent les yeux d’un enfant
des guerres on justifie la ronde
la mort est le nerf de l’argent
comme une soif de néant
voici le vent semeur de bombes

voici le seigneur du mensonge
tapi au fond de vos écrans
il est partout et il nous ronge
il a des visages changeants
c’est toujours la peur qu’il nous vend
voici le vent creuseur de tombes

ceux qui se disent grands de ce monde
voleurs de grand chemin vraiment
ceux-là nagent en eaux profondes
et travaillent en sous-traitants
pour le grand trou noir de l’argent
entrepreneur en hécatombes

et ceux-là qui oeuvrent dans l’ombre
à nous vendre au plus offrant
regardent un enfant qui succombe
restent à jamais indifférents
et le souffle froid de l’argent
passe en ne laissant que décombres

et ceux qui ont belle faconde
pour nous tromper allègrement
dans l’engrenage des secondes
grugent tant futur que présent
le temps est le sang de l’argent
pour les égorgeurs de colombes

les politiciens de la honte
les extrémistes de tout clan
multinationales immondes
esclavagistes des enfants
serviteurs rampants du néant
promoteurs de faims infécondes

j’entends venir des temps de fronde
j’entends gronder des océans
un jour il faudra que répondent
de tous les crimes de l’argent
ceux qui sacrifient des enfants
sur le grand autel des nombres

un jour il nous faudra répondre
de nos silences complaisants

 

© Francine Hamelin

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En terre d’ici

vous dites que je meurs mais la vie me chavire
vous dites que je meurs au bout des paysages
que mes mains sont liées et mes paupières closes
que je dois me confondre à la foule incolore
et qu’il me faut plier et garder le silence

pour la terre épuisée   j’ai payé de ma vie
pour vos montagnes d’or   je ne suis pas à vendre
je ne peux plus me taire   je ne veux plus attendre
vous dites que je meurs mais je parle pays

mais je vous dis amour   je vous parle forêts
s’il est vrai que je meurs c’est dans le caribou
qui ne retrouve plus la piste millénaire
c’est dans le loup traqué   c’est dans l’arbre abattu
dans vos jeux de massacre et dans l’enfant perdu
sous le poids des aciers et d’un jardin détruit

s’il est vrai que je meurs c’est en tout ce que j’aime
s’il est vrai que je meurs c’est en terre d’ici

vous dites que je meurs mais la vie me déchire
vous dites que je meurs au bout de ce voyage
que je n’ai d’autre choix que celui qu’on m’impose
que nul ne peut changer ce qui est établi
et que je n’ai pas droit à la métamorphose

vous dites que je meurs au bout de mon langage
au fond de vos machines mon destin est écrit
en équations sauvages   en chiffres dérisoires
vous dites que je meurs mais je parle pays

mais je vous dis amour   je vous parle rivières
s’il est vrai que je meurs c’est au bout de moi-même
dans la longue agonie des ultimes baleines
c’est tout au coeur de l’eau et des derniers saumons
c’est sous l’aile engluée des grands oiseaux de mer
dans les marées noircies au ventre des bateaux

s’il est vrai que je meurs c’est en tout ce que j’aime
s’il est vrai que je meurs c’est en terre d’ici

 

Paroles et musique: © Francine Hamelin (SOCAN)

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Pays

 

mon pays est un arbre
une source
une pierre

mon pays est un souffle de vent
dans l’aurore
une trille d’oiseau
et la respiration de l’eau

mon pays n’est pas un drapeau
mon pays n’est pas ce mensonge perpétuel
étalé à la une de la cupidité quotidienne
de la bêtise tentaculaire

les fossoyeurs sont au pouvoir et à l’œuvre
ils enterrent l’avenir

je vis en terrain miné
en terre éventrée
dont les veines charrient les poisons de cet âge
mon pays est une espèce en voie de disparition

mon pays n’est pas une langue de bois
ces faux-semblants de mots
sables mouvants du vide

mon pays est ce silence habité des forêts
ce frémissement d’existence dans les feuilles
le chant et la parole des esprits de la Terre

mon pays est une espèce en voie de disparition
comme cette parole qui s’efface derrière les écrans de la solitude
dans les nébuleuses de l’éphémère

mon pays vient d’un rythme plus ancien que le temps
au cœur battant de la pierre
mon pays est un instant d’éternité
dans une goutte d’eau

mon pays n’est pas cette course frénétique
vers l’abîme d’inutiles désirs
cette soumission au désert des apparences
à la mortelle vanité d’un reflet sans lendemain

mon pays n’est pas cette langue désarticulée
dans le grand chaos de l’histoire
où nous perdons des lambeaux de notre âme
et les racines de nos rêves

mon pays est un arbre
une source
une pierre

mon pays est une espèce en voie de disparition

 

© Francine Hamelin

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