Prolongement

je vis du temps qu’il fait lorsqu’on meurt à demi
je vis du temps qu’il fait lorsque plus rien ne bouge
tout chante entre deux aubes et je deviens silence
et je meurs à demi d’arbres et de cordages
la mer entre mes doigts prolonge mes artères

je nais d’oiseaux de neige qui consument mon sang

 

© Francine Hamelin (tiré de Filigranes)

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Aurore

l’ombre s’évapore

que les aigles de l’aurore
me conduisent vers toi
mon pays éternel

le jour bascule aux sabliers brisés
le sable ne coule plus
la plage ne se défait plus
l’océan n’a plus de naufrages

 

© Francine Hamelin (tiré de Filigranes)

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L’oiseau aveugle

ô jour nu et translucide des jardins
en plein midi l’enfance me montre
son profil de lumière
ses gestes dévorés de soleil

l’oiseau aveugle fixe de ses yeux de sable éteint
l’arbre en son cœur secret

les miroirs ont brûlé son regard
mais un océan habite sous son aile
au-delà de ses prunelles immolées de reflets

l’oiseau rêve dans le jardin
nos bras refermés sur les roses veillent
la solitude de sa cécité

le feu se givre comme une pierrerie à nos lèvres
notre sang s’accomplit en transparence
filigranes d’aubépine
crépitement des sèves
ô incandescence du jour

parmi les fêtes
l’enfance renoue le fil des fontaines
que d’autres avaient perdues
pour avoir trop régné
sur le versant de sel des montagnes arides

*****

dites
suffirait-il d’écouter l’arbre
pour que se dévoile le mystère du temps
au coeur des cathédrales
dites-moi

suffirait-il qu’une lueur s’attache
aux pas des orpailleurs
suffirait-il qu’un cristal se déplie comme une flamme
pour que tous les vitraux deviennent un anticrépuscule

l’oiseau rêve entre les heures
ses yeux attendent éternellement

*****

des arlequins libèrent les colombes
dans les cités solaires
dans le rite essentiel
leurs mains sont apaisées et calmes comme une eau

mon sang s’étonne au rire d’une rose des vents

j’avance plus loin
plus près
au mystère des fontaines

un langage grésille sous le chant de l’oiseau

*****

peut-être aurai-je mémoire
de l’envers de l’eau
de l’envers du temps
et de tant d’arbres bleus
naissant aux sillons de mes paumes

alors je dirai le dépouillement du jour

c’est de magie et de lumière
que s’inventent les aubes

c’est de vivre que j’aurai souvenance

alors je dirai la montagne
épanouie d’un printemps sacré
et l’oiseau aux yeux retrouvés
dans la fusion du jour

*****

l’oiseau respire entre les flancs de la forêt
l’oiseau-cathédrale
source de lumière
et attente du monde à naître
présence douce au ventre de la terre

ô instant de marée pure
quand vacille son chant comme un souffle
quand rayonnent en lui
les rires de l’univers
et le matin qui s’éveille aux paroles des arbres

*****

le soleil a bu
jusqu’aux racines d’ivoire de mes os
jusqu’à la rose pourpre de mon sang

il n’a laissé de moi
que l’image blanche et saline
de mon visage perdu au faîte des falaises
mes lèvres à peine brûlées du cri des vagues douces
mon âme devant moi
plus longue que mes bras
mon enfance comme un jardin océanique

il n’a laissé de moi
qu’un geste paisible dans la nudité du jour
pour l’oiseau au regard intérieur

 

© Francine Hamelin (tiré de Intérieur des jours)

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Mémoire

j’erre
à travers
le lierre
des jours revenus
je n’ai plus de chemin
je n’ai plus de saison
aucun visage
n’effleure ma mémoire
le chant du sang
dans mes veines
charrie l’ultime temps
des paroles finies
j’erre
à travers
les souvenirs de la terre
souvenirs étrangers
des poèmes de fer
souvenirs insaisissables
de l’aube de mes ans

 

© Francine Hamelin (tiré de Châteaux de l’enfance et d’ailleurs)

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Passage

le temps n’est jamais ce qu’on croit
jamais ce qu’on voudrait qu’il soit
le temps   le temps ne s’essouffle pas
c’est nous qui courons ici-bas

on va plus vite à chaque jour
en un aller sans retour
la vie s’enfuit à chaque pas
sable qui coule entre nos doigts
on s’enlise dans des miroirs
ou dans des cadrans dérisoires
où se consume l’existence
en une étrange mouvance

le temps n’est jamais ce qu’on voit
ni ce qu’on pense qu’il sera
le temps   le temps ne bouge pas
c’est nous qui passons ici-bas

on prend toujours trop de détours
aux saisons d’un chemin si court
on fait le décompte des heures
entre l’illusion et la peur
mais les aiguilles des secondes
ne font jamais le tour du monde
les rêves tournent à l’envers
aux horloges de nos déserts

le temps n’est pas ce qu’on prévoit
ni la mémoire que l’on en a
le temps   le temps ne s’en va pas
c’est nous qui fuyons ici-bas

on se cherche des au-delà
des paradis des nirvanas
comme si la vie était ailleurs
on sépare le corps et le cœur
parmi les masques et les décors
au grand théâtre de la mort
de nos guerres et de nos misères
à vivre sur cette terre

le temps n’est pas ce qu’on perçoit
ni le désir que l’on en a
le temps le temps ne s’écoule pas
c’est nous qui passons ici-bas

la danse de chacun suit son cours
notre sang bat comme tambour
l’histoire s’égare à chaque fois
entre solitude et combat
faudrait qu’éclate enfin la joie
qu’elle accompagne chacun de nos pas
et qu’elle nous arme de lumière
pour embraser la nuit entière

le temps n’est jamais ce qu’on croit…

 

Paroles et musique: © Framcine Hamelin (SOCAN)

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Méditation

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Smog

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