L’envers des jours: les textes

env

Ciné-java

c’est la java du millénaire
la danse meurtrière
la java-catastrophe
quand c’pas la menace nucléaire
c’t’un tremblement de terre
vaut mieux êt’philosophe
la couche d’ozone est en dentelle
le soleil est mortel
la terre est en surchauffe
on s’empoisonne les neurones
au dioxyde de carbone
d’la machine gloutonne
et tout au fond du ciel peut-être
y a-t’il une comète
quelque part qui nous guette
et comme si ça n’suffisait pas
on va au cinéma
voir sauter la planète

c’est la java des militaires
la danse de la guerre
la java d’lhécatombe
pour un p’tit bout d’frontière
on se refait l’enfer
voilà qu’il pleut des bombes
le poitrail bardé de médailles
des généraux mitraillent
tout ce qui a une ombre
pour la paix ils creusent des tombes
après tout les colombes
c’est juste de la volaille
et quelque part un Cro-magnon
le doigt sur le bouton
prépare nos funérailles
et comme si ça n’suffisait pas
on va au cinéma
voir des champs de bataille

c’est la java d’la destruction
java d’la pollution
ronde des marées noires
à force de produire nos poisons
un beau jour nous n’aurons
même plus la mer à boire
entre le plomb et l’cyanure
les rivières au mercure
et les grands dépotoirs
on s’prépare un drôle de futur
une énorme facture
pour la suite de l’histoire
quelque part un laboratoire
rejette dans le noir
une étrange mixture
et comme si ça n’existait pas
on va au cinéma
contempler la nature

c’est la java d’la surenchère
java des billets verts
tourbillon des millions
l’ultime somnifère
la nouvelle religion
c’est la consommation
on rêve de gros comptes bancaires
on d’viendrait mercenaire
pour faire plus de pognon
et voilà que l’humanitaire
est un grand cimetière
où pousse le béton
et quelque part au clair de lune
dans un abri d’fortune
un enfant dort à terre
on aime mieux oublier tout ça
on va au cinéma
pleurer sur la misère

c’est la java de la querelle
c’est la tour de Babel
java d’la déraison
discours perpétuels
en langue artificielle
faudrait une traduction
on invente des vocabulaires
où des mots remplis d’air
font office d’ornements
puis on nous bombarde d’images
fausses comme les langages
où il n’y a que de vent
quelque part le vide fait du zèle
dans l’immense bordel
d’la communication
et comme on ne se parle pas
on va au cinéma
voir un film d’action

c’est la java de la bêtise
la danse de la crise
java de l’illusion
pendant que le monde agonise
le mensonge fait mainmise
sur la situation
on n’arrête pas d’dire des sottises
en faisant l’analyse
de not’tournage en rond
on se regarde le nombril
en criant au génie
de nos cogitations
quelque part dans le grand fouillis
la folie se réjouit
de notre confusion
et comme si ça n’suffisait pas
on va au cinéma
s’offrir des émotions

c’est la java d’l’agitation
java d’l’aberration
une danse frivole
alors même que tout dégringole
on s’dit qu’on a l’contrôle
sur nos vies d’bestioles
on agit en propriétaires
faudrait pas oublier
qu’on est juste locataires
notre bail va s’faire résilier
si on r’fuse de changer
un p’tit peu nos manières
quand la Terre va se secouer
ça va déménager
dans toutes les chaumières
quand la Terre en aura assez
elle nous fera danser
dans tous les hémisphères
danser une java d’enfer
une java du tonnerre
notre java dernière

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

L’envers des jours

il y a sûrement quelque chose
une lumière quelque part
il y a sûrement autre chose
que des routes de hasard

si on défait toute mémoire
si rien ne se métamorphose
y a pas d’avenir à l’histoire
l’oubli est une porte close

et dans le temps qui nous dépasse
tant de nos rêves se sclérosent
et de l’illusion qu’on pourchasse
ne reste qu’un écho morose

des soleils bercent mes hivers
bleuis à force de grands froids
il est un printemps que j’espère
et je ne sais pas s’il viendra

j’aurai marché cette existence
cherchant au long de mon parcours
tous ces beaux instants de silence
qui avivent l’envers des jours

dans le temps qui nous rend fugaces
tous nos chemins se font si courts
de carrefours en impasses
où l’on croyait trouver l’amour

mais jamais amour ne grandit
s’il nous entraîne à rebours
s’il ne déchire point la nuit
s’il est fait de trop de détours

et le reflet de nos miroirs
aux profondeurs abolies
ne saurait donner un regard
aux ombres des enfances enfuies

et dans le temps qui nous efface
à quoi servent tous nos décors
puisqu’il faut jeter bas les masques
pour enfin prendre notre essor

il y a sûrement quelque chose
une lumière quelque part
il y a sûrement autre chose
que des routes de hasard

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

Quand l’Amérique était sauvage

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant que n’arrive l’orage
avant que ne vienne l’exil
il y avait des chants d’oiseaux
que l’on n’entendra jamais plus
et le visage des peuples
à jamais disparus
dans la longue nuit des fusils

je me souviens de ce pays
Terre d’immensité
entre l’eau et le ciel
Terre démesurée
Terre des esprits ô Terre sacrée
mais il y eut une ombre
venue de la mer
en quelle saison
du sang de mes frères
je sais que la neige était rouge
et qu’il y avait des loups

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
nous connaissions chaque visage
et notre pas était tranquille
nous savions en notre langage
et le respect et le courage
la beauté d’un monde fragile
avant que l’on nous éparpille
dans la longue nuit des fusils

nous avions racines d’étoiles
en cette Terre sans frontières
entre l’arbre et le vent
nous étions libres comme l’air
sur la Terre-mère ô Terre de lumière
mais une ombre est venue
éclater le coeur des oiseaux
et rompre à jamais
le cycle de l’eau
puis elle a éventré la Terre
pillé les forêts les rivières

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant le temps des conquérants
avant que notre vie vacille
notre parole était magie
et notre danse était prière
et nos tambours rythmaient les jours
et les saisons de cette terre
avant la longue nuit des fusils

de la mer une ombre est venue
elle avait un masque si blanc
avec elle a grandi la mort
et le temps de tous les absents
elle a brisé nos mains
elle a rogné les ailes des oiseaux
ô mes frères à jamais perdus
mes soeurs mes enfants disparus
les tambours se sont tus
et puis se sont éteints les chants
il n’est resté que la seule
et simple blessure du silence

l’Amérique n’est plus sauvage
voici venu le temps des villes
l’Amérique n’est qu’un mirage
empli de chemins immobiles
voici le temps des possédants
et le règne des oppresseurs
l’ombre a fauché tous mes enfants
dans sa colère crève-coeur
dans la longue nuit des fusils

voici le temps des imposteurs
et le mensonge de l’argent
sous le drapeau des prédateurs
et l’arrogance des marchands
la Terre clame sa douleur
la Terre des esprits se meurt
et ceux que j’aimais ne sont plus
l’histoire n’a pas fait de vainqueurs
elle n’a laissé que des vaincus
ces oiseaux qui ne volent plus
et tous ces arbres abattus

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant que n’arrive l’orage
avant que ne vienne l’exil
il y avait des chants si beaux
que l’on n’entendra jamais plus
l’âme les rêves et la mémoire
de tous les peuples disparus
dans la longue nuit des fusils

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

L’éveil

(refrain)
qui donc est venu jusqu’ici
me souffler à l’oreille
le nom perdu de mon pays
me redonner langage et vie
me dire les saisons des merveilles
et la brûlure de l’éveil

était-ce cette âme nomade
d’une flûte entre les doigts d’un dieu errant
ou bien le coeur en pierre de lune
d’une mandoline que faisait rire
un arlequin dansant
sur un reflet d’argent

(refrain)

était-ce la voix des rivières
le vol des oies sauvages
le rire des enfants
le coeur d’un arbre solitaire
la cantate d’un autre temps
voyageant librement sur les chemins du vent

(refrain)

si l’espoir me déchire en deux
entre les lumières et les ombres
qu’importe j’appartiens au monde
parmi les humains et les dieux
je suis de la terre et du feu

(refrain)

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

Dans des éternités qui dansent

je suis comme goutte de pluie
qui à la source se marie
et sans cesse poursuit sa course
vers la rivière qui surgit
dans les arabesques des nuits
entre les pierres et les mousses
je suis comme fleuve qui va
jusqu’à la mer et qui se noie
dans les grandes marées du silence
je suis comme vague qui roule
au creux du temps et de sa houle
au rythme d’un voyage immense
comme la voile d’un bateau
je suis un rêve au fil des flots
dans des éternités qui dansent

je suis comme un souffle léger
que nul ne vient interroger
qui sans relâche vagabonde
comme un soupir échevelé
sur les herbes et les champs de blé
jusqu’au coeur des forêts profondes
comme le vent aventurier
que nul n’a vu ni capturé
et qui se fond aux voix du monde
je suis des quatre directions
je suis de tous les horizons
dans des espaces de mouvance
dans la respiration du ciel
je suis comme un envol d’ailes
dans des éternités qui dansent

je suis comme étincelle bleue
dans un instant vertigineux
sillage d’étoile filante
au coeur d’un grand brasier de vie
comme un espoir inassouvi
qui toujours renaît de la cendre
je suis de tous les incendies
dans la solitude infinie
aux chemins du temps que j’arpente
je suis comme l’oeil d’un volcan
le feu d’un songe lancinant
dans le creuset de l’existence
dans la transmutation de l’âme
comme l’alchimie de la flamme
dans des éternités qui dansent

je suis comme ce grain de sable
en son voyage insaisissable
de l’océan jusqu’au rivage
je suis comme veine de pierre
où court le sang des millénaires
dans le secret d’un paysage
comme la chanson des moissons
nées de la ronde des saisons
dans la glèbe de l’espérance
comme la terre sous les pas
d’une enfance qui grandira
si on lui en laisse la chance
comme mémoire enracinée
entre argile et immensité
dans des éternités qui dansent
qui dansent
qui dansent

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

Je voudrais m’endormir

je voudrais m’endormir
sous la paupière bleue
d’une rivière lente
avec les chants bizarres
d’un oiseau délivré
qui danserait sans fin
au fil de la mémoire
je voudrais m’endormir
sous les longs soleils noirs
lampadaires chimériques
d’une nuit de hasard
où parlent à voix basse
les morts et les vivants
et les enfants du temps

je voudrais m’endormir
dans les bras des forêts
entre fleuve et rivages
voyager sans bagages
sans chaînes et sans naufrage
au sillage des vents
qui soufflent sur cet âge
je voudrais m’endormir
aux dunes du mystère
dans les puits du silence
aux sables des déserts
et rêver loin des guerres
au-delà de l’histoire
un peu d’eau pour l’espoir

je voudrais m’endormir
dans le coeur d’un rocher
que sculpterait la mer
dans les chants sans frontières
des baleines et des vents
dans la vaste prière
des chemins d’océan
je voudrais m’endormir
dans l’âme d’un bouleau
dans la beauté perdue
d’un pays sans colère
et plonger mes racines
en terre sans drapeau
entre le ciel et l’eau

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

J’ai une araignée au plafond

j’ai une araignée au plafond
qui tisse le fil de mes déraisons
dans mon cerveau elle a fait sa maison
et parfois dans sa toile j’attrape des étoiles

elle habite un coin de mes pensées
et me tricote de drôles d’idées
elle m’invente des chemins de fortune
m’envoie batifoler sur la lune

j’ai une araignée au plafond
qui tisse la trame de mes passions
entre un caillou et une chanson
et quand elle fait la fête
j’ai d’la musique en tête

elle me trace des cartes routières
pour funambule en mal de mystère
des géographies crépusculaires
dans des mirages peuplés de chimères

j’ai une araignée au plafond
qui fait d’la dentelle avec mes questions
elle remplit mes trous de mémoire
quand la nuit est trop noire
elle me raconte des histoires

elle me brode des équations bizarres
aux antipodes du désespoir
des géométries de hasard
dans une horloge où il n’est jamais trop tard

j’ai une araignée au plafond
qui se faufile dans mes cogitations
et me refile des goûts d’évasion
et quand elle voyage
j’vous dis qu’ça déménage

elle me fignole des itinéraires
pour aventurière avec du caractère
du creux des volcans au cœur des déserts
sans passeport sans bousssole et sans repères

j’ai une araignée au plafond
qui met du tango dans mes inspirations
du rock’n’roll dans mes frissons
et quand elle se balance
elle me donne la cadence

elle est la folle du logis
mon assurance contre l’ennui
mon rire mon délire ma révolution
en équilibre sur de nouveaux horizons

j’ai une araignée au plafond
qui tisse le fil de mes déraisons
dans mon cerveau elle a fait sa maison
et parfois dans sa toile j’attrape des étoiles

j’ai une araignée au plafond
j’ai une araignée au plafond
j’ai une araignée au plafond…

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

Appartenance

j’appartiens à la terre
aux chemins infinis
aux margelles des puits
à la sève des pierres
j’appartiens aux jardins
aux routes du mystère
au partage du pain
au rêve nécessaire
je veux vivre debout
comme un arbre en prière
je veux aller au bout
de toutes les rivières
je veux être du bois
dont on fait les bateaux
ce songe qui flamboie
et glisse au fil des eaux

qu’importent les brûlures
et les mortes saisons
et ce temps dont l’usure
se grave sur mon front
car resteront intacts
loin des heures et des masques
l’enfance de ma vie
les yeux de mes amis

je veux être l’offrande
et l’émerveillement
apprendre les légendes
d’un univers vivant
lorsque la nuit s’endort
au bout de son voyage
et que tous les décors
tombent comme mirages
et si je sais la peine
d’une terre brûlée
je sais bien les fontaines
et la danse du blé
et si je suis ce cri
de l’arbre qu’on abat
je suis aussi la vie
je suis aussi la joie

qu’importent les langages
car les mots sont changeants
on ne peut mettre en cage
la vérité du vent
au bout de ma mémoire
je n’ai d’autre magie
que le chant de l’espoir
l’âme de mes amis

j’appartiens au silence
des êtres solitaires
comme à la dissidence
qui ne veut pas se taire
j’ai douleur de nos guerres
de chaque malemort
de toutes ces frontières
qui nous divisent encore
je suis de démesure
de passion  de ferveur
à jeter bas les murs
les miroirs et les peurs
pour qu’il y ait des matins
où se brisent les chaînes
qu’il y ait des lendemains
à l’aventure humaine

qu’importe l’imposture
des drapeaux de l’histoire
qu’importent les blessures
et les ombres si noires
plus loin que l’éphémère
je n’ai d’autre patrie
qu’un élan de lumière
le coeur de mes amis

j’appartiens aux rivages
autant qu’aux océans
à ces îles sauvages
où s’est figé le temps
je veux être cette aile
insoumise du vent
et cet oiseau fidèle
dans l’espace envoûtant
je suis de glèbe et d’herbes
et je fais alliance
avec la flamme immense
d’une aurore superbe
et dans cet incendie
je n’ai qu’un seul combat
c’est celui de la vie
c’est celui de la joie

qu’importent les déserts
l’illusion  les démences
les murmures amers
d’un monde d’apparences
je garde une folie
c’est celle de l’enfance
je n’ai qu’un seul pays
l’amour de mes amis

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

Les déesses de mon enfance

enfance ma valse lente
dans les forêts du temps
je vous ai dansée doucement
et vous m’avez tourné la tête
enfance mon ivresse
j’ai bu votre saison
comme une eau de lumière
comme une source folle

et ma grand-mère   grande déesse
dans les jardins du jour levant
m’apprenait la chanson du vent
le nom des fleurs et la sagesse
et l’amour de la terre
et la beauté de toute vie
dans le respect de l’univers
dans l’harmonie et la magie
si je ne crains pas de vieillir
c’est à cause de son sourire
et dans le silence des nuits
je me souviens toujours
de sa tendresse

enfance sauvagesse
qui savez parler aux oiseaux
de vous j’ai connu le langage
des pierres   des herbes   des ruisseaux
j’avais rendez-vous dans l’aurore
avec mes frères les bouleaux
j’avais des cailloux pour trésor
et des nuages pour château

et ma grand-mère   grande déesse
prenait ma main et m’emmenait
voyager parmi les secrets
de cette terre qu’elle aimait
me disait que le temps
n’est jamais ce qu’on pense
me disait que la mort
n’est qu’un pas de la danse
et que toutes les saisons
toujours nous recommencent
des racines au soleil
des feuillages aux fruits
de l’arbre à l’infini

enfance casse-cou
qui avez déployé vos ailes
sur les chemins des rêves fous
l’aventure des forêts si belles
de vous mon âme aura appris
à garder le goût des merveilles
à rester sans cesse rebelle
à vouloir défaire la nuit

et ma mère consolait mes peines
soignait mes genoux écorchés
et tout au long de mes semaines
était toujours là pour m’aimer
elle m’a appris à écouter
la voix de l’âme sous les mots
et la musique et le silence
qui n’ont jamais besoin de drapeaux
à ne pas vivre d’apparences
car le cœur n’est jamais de trop
et cet amour qui nous lie
reste encore aujourd’hui
mon immense richesse

et c’est ainsi que j’ai grandi
entre les femmes de ma vie
belles sorcières   grandes déesses
dont l’esprit m’a donné pays
enfance douce magicienne
je garde votre poésie
comme un feu profond dans mes veines
vous embrasez toute ma vie

enfance ma valse lente
dans les forêts du temps
je vous ai dansée doucement
et vous m’avez tourné la tête
enfance mon ivresse
j’ai bu votre saison
comme une eau de lumière
comme une source folle

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

À table!

il faut nourrir des industries
qui ont un énorme appétit
dont la faim est insatiable
lorsqu’elles s’installent à notre table

y a d’la vache folle dans ma cuisine
du poulet à la dioxine
des antibiotiques en côtelettes
j’sais plus c’qu’y a dans mon assiette

et la Machine fait son bacon
à nous faire bouffer des hormones

les légumes sont assaisonnés
aux furanes et aux BPC
y a des relents d’hydrocarbures
qui se promènent dans la nature

y a des vieux restes de D.D.T.
qui en finissent plus d’s’éliminer
j’pas sûre qu’ce soit sécuritaire
au bout d’la chaîne alimentaire

et la Machine se fait du cash
pendant qu’la planète en arrache

c’est pas qu’ je sois paranoïaque
y a des jours où j’me sens patraque
à trop gober d’insecticide
j’deviens un peu bizarroïde

et tout au long de la semaine
j’avale des cancérigènes
impératifs économiques
qui chaque jour nous intoxiquent

quand bien même elle nous contamine
il faut engraisser la Machine

quand je regarde les ingrédients
qu’ils mettent dans les aliments
c’est pas vraiment que ça m’inquiète
mais i’ont de bien drôles de recettes

des BHA des BHT
d’l’hydrogéné du modifié
pour le moindre petit biscuit
c’est plus long qu’une liste d’épicerie

et la Machine se fait plein d’fric
pendant qu’elle nous gave de chimique

je trouvais les champs bucoliques
v’là qu’i’sont rendus transgéniques
les fraises sont croisées de poisson
j’me sens su’l’bord d’l’indigestion

les tomates sont comme du plastique
progrès biotechnologique
dans deux ou trois générations
nos estomacs s’ront en teflon

on a beau se dire gastronome
c’est la Machine qui nous consomme

quand je m’en vais faire un piquenique
j’invite « Énergie atomique »
les pommes de terre sont irradiées
j’bouffe du nucléaire gratiné

j’avale du zinc du plomb du chlore
c’est c’qu’on appelle être omnivore
j’me méfie de tout c’que je croque
la nourriture est équivoque

on a beau prendre soin d’not’corps
c’est la Machine qui nous dévore

clônage de plantes et de brebis
et de cochons et de souris
mais c’que par-dessus tout je crains
c’est qu’ils clônent des politiciens

ventre affamé n’a pas d’oreilles
alors c’est pas demain la veille
qu’industries et gouvernements
feront preuve de sentiment

la Machine a faim de dollars
et nous lui servons de mangeoire

v’là que l’obésité nous guette
chaque fois qu’on prend une fourchette
on d’vient d’plus en plus adipeux
à toujours remplir un p’tit creux

pendant qu’ailleurs on crie famine
nous on surdose aux protéines
et pour qu’on puisse rêver d’maigrir
ailleurs des enfants vont mourir

la Machine pense à son profit
elle n’a rien à faire de la vie

© Francine Hamelin (SOCAN)

env

L’exil

j’arrive ici dans mon errance
j’arrive en retard ou ailleurs
ou peut-être suis-je en avance
mais qu’importent le lieu et l’heure
puisqu’il me faudra repartir
au coeur des baroques saisons
au profil des terres d’exil
puisque la halte est éphémère

il reste à boire le vin si bleu
des grandes lunaisons de bronze
le goût sauvage de l’évasion
et l’âme des vents du grand large
il reste encore à découvrir
le feu enfoui sous la mémoire
pour qu’alors enfin tout chavire
de l’autre côté des miroirs

et pour que vienne à s’accomplir
le périple étrange des vies
il reste des routes à courir
au souffle des questions ardentes
au sablier des souvenances
s’effaceront tous les reflets
et sans passé je passerai
comme le vent dans les forêts

mais un rêve toujours s’incante
en chaque mot de mon langage
dans la musique de la mer
et dans la magie de la terre
dans l’éternité des mystères
la nuit est remplie de lumière
un pays sans cesse s’invente
à chaque pas de ce voyage

si le printemps réside encore
en vastes cérémonies vertes
je trouverai bien mon chemin
parmi tant de portes ouvertes
sur les espaces d’un destin
où je pourrai toujours renaître
entre l’espérance et l’ivresse
d’aller sans cesse un peu plus loin

tout au bout de la solitude
mon rêve pour seule certitude
le coeur fulgurant d’un oiseau
guide mon âme et mes saisons
et qu’importe que je chavire
à dépasser les horizons
je coulerai tous mes navires
aux vagues de ce feu profond

et qu’importe que je chavire
à dépasser les horizons
je brûlerai tous mes navires
aux vagues de ce feu profond

©Francine Hamelin  (SOCAN)

env

Poussière d’étoiles

il y a tous ceux qu’on voit partir
y a des amis qu’on voit mourir
il y a des gens qu’on n’oublie pas
et tous ceux que l’on oubliera malgré soi
y a des visages inconnus
ceux que l’on croise par hasard
tout au long des quais d’une gare
ou tout au bout d’une avenue sans mémoire

étranges illusions d’optique
de nos aberrantes logiques
de notre raison chaotique
de nos burlesques tragédies
poussière d’étoiles sont nos vies
un simple point dans l’infini
un fugace éclat dans la nuit

y a des yeux qui ne parlent plus
il y a tant de regards perdus
y a tant de mots qui restent vains
y a tant de flamme qui s’éteint pour rien
y a tous ceux qui n’ont pas de voix
ceux-là que l’on n’écoute pas
qui sans bruit traversent les ans
et disparaissent dans le vent du néant

étranges illusions d’optique
de nos aberrantes logiques
de notre raison chaotique
de nos burlesques tragédies
poussière d’étoiles sont nos vies
un simple point dans l’infini
un fugace éclat dans la nuit

y a la machine qui s’emballe
et l’humanité qui cavale
y a ceux qui se créent leur enfer
y a des chemins où l’on se perd au désert
il y a des gens qu’on voit souffrir
et qui ont l’âme qui chavire
on aimerait pouvoir leur dire
que la lumière est toujours là
on aimerait tant qu’ils y croient

étranges illusions d’optique
de nos aberrantes logiques
de notre raison chaotique
de nos burlesques tragédies
poussière d’étoiles sont nos vies
un simple point dans l’infini
un fugace éclat dans la nuit

y a la bêtise meurtrière
la folie de toutes nos guerres
des routes de feu et de fer
et la blessure de la terre en colère
il y a notre histoire amnésique
et nos désespoirs algébriques
y a les horloges du destin
il y a le temps qui nous tient tout au creux de sa main

étranges illusions d’optique
de nos aberrantes logiques
de notre raison chaotique
de nos burlesques tragédies
poussière d’étoiles sont nos vies
un simple point dans l’infini
un fugace éclat dans la nuit

© Francine Hamelin (SOCAN)