Et toutes mes enfances renaîtront…

cha

Entre-saison

 

sur l’épais tapis de nos paroles mortes
sur le fragile sol de nos espoirs déçus
nous dormirons un jour l’un à l’autre semblables
quand passera l’hiver en ne laissant que marbre

sous le sommeil immense des neiges éternelles
nous nous endormirons pareils aux sèves vertes
qui arrêtent leur vie d’automne à printemps

pour bien nous protéger de la brise frileuse
nous nous inventerons un habit de soleil
nous nous endormirons par un jour de novembre
pour échapper aux villes   aux arbres de ferraille

et si par hasard nous nous éveillons
nous n’en accuserons que la douceur du temps

©Francine Hamelin

 

cha

Le château de mon enfance

 

le château de mon enfance
est perdu quelque part au bord d’un étang vermeil
le château de mon enfance se dresse
dans un soir de jadis sous des nuages bleus
un grand oiseau de brume et de feu
plane au-dessus des pierres
le château de mon enfance
est de jade et de silence transparent
il dort dans une forêt
quelque part au bord d’un étang vermeil
où s’est noyée
l’ombre de l’enfant que j’étais
peut-être
au temps de mes châteaux

©Francine Hamelin

 

cha

Mémoire

 

j’erre
à travers
le lierre
des jours revenus
je n’ai plus de chemin
je n’ai plus de saison
aucun visage
n’effleure ma mémoire
le chant du sang
dans mes veines
charrie l’ultime temps
des paroles finies
j’erre
à travers
les souvenirs de la terre
souvenirs étrangers
des poèmes de fer
souvenirs insaisissables
de l’aube de mes ans

©Francine Hamelin

 

cha

Septembre

 

les quais délaissés par les grands navires
s’allument de possibles départs
et le monde nous tresse en son secret sommeil

je me perds parfois aux carrefours du temps

il est de longs jours chavirés
au goût de s’égarer
il est des jours d’horizon qui bascule
dans les légendes d’îles

dans la nudité du soleil
septembre ressemble à l’été
aux musiques gravées sur les trottoirs de craie

septembre a traversé larmes et rivières

au bout de mes mains
mon âge m’échappe comme un écho fluide

à bout de semaine il neige des brumes
dans leurs astres de dentelles

nous parlons de vignes sauvages
de lieux magiques et de lilas
nous découvrons des routes mystérieuses
comme des parfums
à l’envers des reflets

j’erre à perte d’oubli
mes mains effleurent des moissons innombrables

il est des jours de vaste rêve
au goût de se réinventer

© Francine Hamelin

 

cha

Délivrance

 

les racines liaient mes chevilles à la terre
et j’ai changé mon cœur pour une grand cri d’oiseau
et j’ai voulu savoir la liberté de l’air

j’ai appelé   prié   j’ai déployé mes ailes
les larmes de l’oiseau bousculaient tout en moi
images et paysages et mémoire lointaine

j’ai déchiré mes doigts au métal de la cage
l’oiseau s’est élancé en délivrant ma voix
mille échos tremblent encore au creux de mon oreille

je suis un oiseau fou
j’ai des ailes de braise
j’arpente la matière sur des chemins de vent
je deviens multitude
parmi les solitudes
de ces cités figées
en leur vain mouvement

est-ce ainsi que l’on naît en solitude extrême
ah dis-moi est-ce ainsi que se tressent la danse
les routes incertaines et l’odeur des semaines

est-ce ainsi que l’on vit dans la brûlante soif
que ne viennent apaiser ni le temps ni l’espace
est-ce ainsi que l’on vit au hasard des fontaines

est-ce ainsi que l’on meurt   ah dis-moi est-ce ainsi
nu debout ébloui au cœur des floraisons
toujours tout recommence où l’on croyait se perdre

© Francine Hamelin

 

cha

Les roses

 

j’abolis les distances avec des oiseaux fous

souviens-toi
souviens-toi des premières neiges sur le jardin
tout se taisait peu à peu
et je croyais en mourir parfois au creux du temps
-était-de de feu ou de silence-
en étrange contrée soudain immobile
comme un siècle attentif
penché sur la douceur du givre

les roses s’éteignaient
flambeaux entre les herbes blanches

j’abolis les distances
ô ces oiseaux couleur de notre sang
en étrange pays de feuillages tombés

reste-t-il de la mer
autre chose qu’une vague de vent
reste-t-il de la mort
autre chose que ces arbres dans leur sommeil
ces murmures aveugles de l’agonie

et je croyais en périr parfois
dans la paix de la terre

j’abolis les distances
tu habites ma solitude
ô mon pays vivant

te souviens-tu des roses

© Francine Hamelin

 

cha

Mains

 

j’ai pour toi mes mains d’argile et de blé
pétries du cri des jours et du mouvement de la mer
mes mains d’anémones et du temps à l’envers
pour t’écrire
des aubes ciselées d’or et de lichens
des jours sans chaînes et sans cage
des chevaux de jade et d’émeraude
pour peupler d’enfance
chaque demeure et chaque lieu

et l’arbre a souri plus loin que l’écorce
aux neiges percées de fleurs et de fruits

j’ai pour toi mes mains qui ne prophétisent
que des astres fous et des roses bleues
j’ai pour toi des aubes déployées et douces
chavirées et tendres comme des parfums

j’ai pour toi mes mains et de longs voyages
au cœur de la pierre et d’un siècle fou

© Francine Hamelin

 

cha

Le silence de l’eau

 

sur le silence de l’eau
un oiseau vogue
tel un navire

les jours s’étendaient
entre deux éternités
la vie était innombrable

des albatros riaient
leurs larmes de cristal

toute chose rêvait
entre deux infinis

et tout autour de nous
et tout au bout de nous
il ne restait
que la rencontre du ciel et de la mer

sur l’eau du silence
un navire danse
tel un oiseau

c

 

cha

Les musiciens du silence

 

ils sont retournés aux sources de l’univers
ces étranges musiciens du silence
qui faisaient d’une légende une arabesque de beauté
d’un sourire lointain une symphonie lente

je les ai vus passer sur la route infinie
quand ils ont d’un geste inachevé
tendu la main vers un soleil noir et paisible
à demi consumé dans les abysses du rêve

ils ont traversé des champs de brumes vagues
des fleuves immobiles et figés dans le cristal de leurs rives
puis se sont éloignés doucement lentement
vers les portes vertes du levant

© Francine Hamelin

 

cha

Liberté

 

ma vie coule comme l’acier libre

pour le rire de l’enfant
pour la rumeur des forêts
pour la voix du rêve
pour la musique des matins
je dépasserai les heures

pour la marche des troupeaux dans la plaine
pour la danse des marées
pour les pas des humains sur les pavés
pour le rythme de la parole
je réunirai les chemins

pour le feu et la flamme
pour le vent et l’aurore
pour le silence et l’épervier
pour l’infini des chants
pour la vie des grands chênes
pour les saisons de lumière
pour la liberté de l’enfance
je ferai revivre les pierres

© Francine Hamelin

 

cha

Le silence nous lie

 

le silence nous lie en son calme destin
je prends souffle du vent comme d’un pays fou
dans le ruissellement des chemins et des fables
comme d’un grand été de tendresse sauvage
de fleuves indomptés où se noient des soleils

le silence nous lie de lotus et de roses
il n’est point de distance entre nous   ô ma terre
je te nomme en mon sang par l’immense langage
par le verbe sacré où se taisent les mots
la parole intérieure qui donne force et vie
aux saisons éclatés des voies universelles
quand naissent de la cendre des moissons infinies

le silence nous lie par un épi de blé
le silence nous lie dans les fontaines écloses
et ressuscitent alors les alchimies du songe
vaste métamorphose de l’ensoleillement
ô mon pays d’enfance et de rêves vivants
quand je repose en toi et mon âge et ma soif
et l’arbre mystérieux et l’oiseau familier

© Francine Hamelin

 

cha

Magiciens

 

les enfants habitent la maison du soleil
et parlent avec les vents du monde
ils se rencontrent
au carrefour des saisons
lorsque la terre s’enchante d’arbres

les enfants habitent le silence bleu des montagnes
ils ont des yeux d’espace et de lumière profonde
ils ont tout le temps de l’univers
pour jouer parmi les chemins d’étoiles
et les jardins des semaines

les enfants habitent l’éternelle aurore
ils peuplent de couleurs et de fleurs sauvages
chaque parole et chaque chant
ils sont magiciens du rire
et alchimistes des arcs-en-ciel
ils connaissent
les sortilèges transparents des sources
et vivent dans l’infinie beauté des choses

© Francine Hamelin

 

cha

Mosaïque

 

Aux Îles-de-la-Madeleine…

 

chantez cette chanson si belle
qui vient de ces îles fragiles
au cœur du mirage sauvage
et des grands courants d’équinoxe

chantez l’appel des marées fortes
les lunaisons des temps magiques
en ce pays de braise et d’or
dont nul encore ne sait le nom

ah que les enfants nostalgiques
oublient le mouvement des heures
en écoutant cette musique
que vous insufflez à leur cœur

cette chanson en mosaïque
des îles de mille couleurs
comme un étrange feu de fleurs
dont nul encore ne sait l’odeur

chantez cette chanson de pierre
où la mer sculpte des lumières
parmi les mirages étonnants
où chavirent des oiseaux blancs

chantez l’appel des vents du large
les soleils des rêves magiques
en ce pays de braise et d’or
dont nul encore ne sait le nom

© Francine Hamelin

 

cha

Magie

 

dans le vent de l’automne
en haut des montagnes sauvages
un enfant magicien
a regardé passé
les nuages d’oiseaux
il a rêvé d’ailleurs
il a mis des ailes à son cœur
et s’est envolé doucement
vers la lune d’ivoire
des cathédrales bleues

© Francine Hamelin

 

cha

Signes

 

et j’ai soif des signes éternels
qui sculptent les jours
à même une floraison d’étoiles et d’univers
sortilèges au jardin des anémones
aigues-marines de nos cœurs
parole couleur de vie et d’arbres fous

et je respire de longs rêves de sel
de lents rêves délivrés

dans l’ensoleillement des voyages
tu as peuplé le silence de mes prunelles océaniques
ô ma terre d’enfance

© Francine Hamelin

 

cha

Planètes

 

ô cathédrales ivres aux portes du matin
je tends l’oreille et j’entends mille chants
et mille rumeurs au cœur des arbres fous
j’entends mille espérances et mille ailes d’oiseaux

j’avance lentement
parmi de rouges constellations
parmi des mondes de cristal pensif

j’avance doucement au rythme des herbes
j’interroge l’immensité des comètes et des yeux
la profondeur des océans et des rires d’orangers

j’écoute une vaste beauté
j’écoute les couleurs infinies

quel rosier a envahi mes mains
quel patient voyage au-delà du désert
quelle planète avide d’apaisement
comme ces sources ciselées dans le secret des sables

j’en appelle aux enfants des univers perdus
j’en appelle aux vitraux des jardins éclatés
aux signes éternels
aux musiques étranges
aux pays ruisselants d’oiseaux sauvages

pour une rose d’eau attentive aux fenêtres du jour
pour un enfant qui va sur les chemins à conquérir
pour un renard qui aura mémoire du blé
pour un simple geste d’apprivoisement
quelque part sur mes planètes

j’entends mille espérances et un monde à aimer

© Francine Hamelin

 

cha

Comme un désir d’été…

 

comme si toute chose devenait éternelle
un enfant de feuillage
apprivoise le vent et les rivières
et tend ses longues mains
vers l’or vivant du soleil

comme floraison sauvage
des arcs-en-ciel s’enroulent
à sa voix dans l’incantation
des marées d’aurore
et le temps infiniment se suspend
dans ses prunelles d’aigue-marine

© Francine Hamelin

 

cha

Vastitude

 

enfant des pays de silence
tu es le sourcier des mondes de légendes
au miroir buriné des étés

tu es le magicien des brouillards paisibles

tes yeux libres voient des saisons profondes
des racines d’arbres comme de lourds colliers

enfant des pays de lumière
dans la vastitude des marées
tu es celui qui apprivoise
le soleil ruisselant
au seuil du matin

tu as libéré toutes les mouettes captives

© Francine Hamelin

 

cha

Les armoires secrètes

 

mes armoires d’enfance contiennent des soleils
qu’on n’y trouve qu’avec le regard des colombes
dans l’accueil paisible des forêts et des arbres fous
dans l’offrande des rêves et des rivières
avec des cœurs d’abeilles
au souffle étrange des saules
dans la chaleur d’un pays doux

© Francine Hamelin

 

cha

Au bout du temps

 

de tes rêves à mes yeux
mon âme
il n’y a que l’espace d’une perle d’eau
accrochée à la fenêtre de l’espace
rien qu’un peu du reflet des pierres
et les mots prononcés jusqu’au silence extrême

qui viendra au bout du temps
que nous ont imparti les horloges humaines
qui viendra lorsque nous éclaterons
comme une étoile perdue
entre les soleils vermeils
de notre sang brûlé
au milieu de son cours

j’appellerai le jour
la lumière de l’eau
le jardin épanoui d’un été magnifique
pour que l’arbre rêve jusqu’au bout de nos vies

un peu d’éternité
mon âme
rien qu’un peu d’éternité

© Francine Hamelin