L’argile et la flamme

 

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Quand les chevaux de l’aube…

 

quand les chevaux de l’aube descendent des collines
entraînant avec eux des reflets d’orient
lorsque les paysages sont traversés d’oiseaux
dont les chansons résonnent en ruisseaux fulgurants

quand des voiliers éclos comme des fleurs solaires
jaillissent du silence en échos d’archipels
quand le temps suspendu aux songes des musiques
s’imagine un instant qu’il est éternité

quand une vague glisse en son rêve d’écume
comme un parfum sauvage aux dunes opalines
lorsque dans les forêts l’or léger d’un soleil
s’inquiète d’une source ou d’une fleur fragile

quand des levers d’étoiles dans les arbres de cuivre
déposent des joyaux en rouges étincelles
quand un jardin s’étonne d’une rose des vents
parmi les herbes bleues et les pierres sensibles

j’écris une parole au secret d’un pays
j’écris une parole de tendresse infinie
et s’ouvre une saison que l’amour illumine
comme un flambeau de blé à la glèbe des nuits

© Francine Hamelin

 

 

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Un jour…

 

ah je te le dis
un jour nous deviendrons ensoleillement

chrysalides à la recherche de notre métamorphose
un jour il nous faudra bien
laisser entrer la lumière
par tous les pores de notre peau
et défaire
la minérale tristesse de notre regard
la pesanteur qui retient notre envol
nos lois de fausse gravité
et tous ces miroirs de tenace illusion

mais je te le dis
le feu brûle sous la neige
le feu gronde dans la pierre

un jour nous serons de flamme
pour détisser tous les mirages
et faire fondre les apparences
et les reflets et les images
tourner la page
être et rire à en briser le temps

© Francine Hamelin

 

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Évasion

 

habitants de l’acier
citoyens du béton armé
les yeux fermés
le songe oublié

des cris
des onomatopées
klaxons martèlements sirènes
humanité plexyglassée
oreille éclatée
tympan déchiré
sous le bruit déchaîné
le désespoir devenu sourd
les yeux hagards
le cœur chromé
néons
éclats de nuit brûlée

mais quelque part
vaste regard
cet enfant échappé
des asiles de vos cités

© Francine Hamelin

 

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D’argile et d’airain

 

qui es-tu toi qui viens
à grand feu de silence
me brûler jusqu’à l’âme
et qui me prends la main
pour traverser la nuit

qui es-tu toi qui viens
au creux de ma dérive
lorsque le temps s’essouffle
et tes yeux sans visage
accompagnent mes pas

qui es-tu toi qui viens
marcher à mes côtés
lorsque le vent s’effrite
au rythme de mon sang

tu étais là pourtant
tu m’attendais patiente
tu étais là sans cesse
mais j’oubliais ta voix
tissée de grands silences
et de forêts sans fin

solitude d’argile   solitude d’airain

© Francine Hamelin

 

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Cantate rouge

 

le matin éclate comme un fruit
une femme ouvre la porte de sa demeure
une voix chante le regard des univers
dans la cristalline soierie des lumières

quelqu’un invoque dans le soleil levant
la résurrection de la rose
et tend ses mains
pour se confondre à l’éternité de chaque chose

et seul lui répond l’étrange chant
une cantate rouge
dans la brûlante odeur des étés

l’horizon toujours recule

dans le matin
un enfant joue avec les dieux

© Francine Hamelin

 

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Visages

 

visages à la fenêtre de midi
d’où venez-vous
de quels rêves enfouis
sous la mémoire éphémère
ou sous l’oubli du temps brisé
visages du sommeil enfui
sans lieu
sans frontières
sans pays
visages de la nuit brûlée
à la flamme des astres forts
d’où venez-vous
de quel soleil
ou de quelle autre galaxie
où le silence éclate encore
visages engendrés
dans l’abîme des sabliers
visages aux ombres bleues du soir
au profil d’étoiles filantes
d’où venez-vous
de quelle folie magnifique
où l’enfance grandit encore
au reflet des lunes perdues

© Francine Hamelin

 

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Jardin

 

qui donc a ouvert les portes des musiques
et semé d’étranges étoiles
dans la solitude de l’enfance mauve
laissant en son sillage
des myriades de lumières

l’amour est de ces jardins fous
où les geais bleus et les mésanges
lancent l’appel des terres fortes

l’amour est de ces puits profonds
où le temps glauque s’éparpille
et nous redit le jour troublant
de moissons rouges et de blés vifs

© Francine Hamelin

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Plus loin que le temps

 

j’avance sur l’espace fou du cœur
dans le mouvement baroque
des saisons d’émail et de cuivre

il est un lieu de lumière et de feu
antérieur à l’enfantement des fontaines multiples

je suis le chant du silence en fusion
le geste rouge de la prière et de la faim

je cherche la parole perdue
qui surgira comme une marée sidérale
comme la dentelle éclatante d’un arpège inconnu
pour redire
que chaque être qui est debout sur cette terre
engendre la présence et la voix des lumières

au chemin ivre de mon âme
en perpétuelle alchimie de braise
je vivrai plus loin que le temps

© Francine Hamelin

 

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Les yeux des nuits

 

les yeux des nuits se sont fermés
portes closes aux cris de la ville
sommeil des rêves ensevelis
aux plages sombres de l’absence
épaves incrustées de sel
qu’emportent les flots du silence

© Francine Hamelin

 

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D’abord

 

d’abord j’ai dû apprendre à naître
en gardant en moi
un ruissellement de lumière
pour percer la nuit de mes yeux

d’abord j’ai dû apprendre
à me mettre au monde
avec un grand cri fou
pour traverser le sable de mon corps

apprendre le froid et le chaud
tout au long de ma peau
apprendre que j’avais une mémoire
pour oublier ce que j’étais

© Francine Hamelin

 

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L’enfant à la fenêtre de l’hiver

 

Dans le silence nocturne, la neige est douce qui tombe en flocons lourds dont la lente chute n’est troublée par nul souffle de vent.

Une enfant fascinée surveille la nuit blanche et bleutée à travers les arabesques givrées, plumes, algues et plantes, constellations et paysages d’une fenêtre magique.

Elle est la neige, la profondeur argentée de la nuit et les racines même de la pierre et du bois d’une maison qui dort. Silence en longues volutes sur la vitre, l’étrange regard des cristaux se pose sur l’enfant qui contemple les arbres, ses compagnons de solitude dans le plus vaste univers.

La neige est un chemin éternel où se perd la mémoire des caribous tant est immense l’horizon. L’enfant ne cherche pas à comprendre, elle est…

Elle est le secret des migrations d’outardes et la brûlure des étoiles de givre ardent. Elle se fond à la nuit en souples et fluides lueurs d’eau, elle devient filets d’argent serpentant entre les pierres, printemps soudain, cascatelles, cascades, torrent, elle devient ruisseau, rivière, fleuve et elle va se jeter dans la mer, elle devient présence océane peuplée d’innombrables présences, elle est d’abysses et de marées.

Elle est une île.

Elle est archipel, continent, terre et pierres et bouillonnement de lave, volcan, braises et flammes, jaillissement de feu par le corps de la terre, embrasement et lumière.

Enfant qui veille à la fenêtre magique d’un autre monde…

© Francine Hamelin

 

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Architectures

 

tombe le temps
toutes ces heures devenues fragiles
aux sabliers brisés des villes

nul ne se rappellera
le nom de cette saison consumée
dans le brûlant sortilège de l’éternité

© Francine Hamelin

 

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Requiem pour un oiseau

 

La femme regarde passer le vent, le temps, les gens. Elle se demande où est passé le drôle d’oiseau au bec rouge qui venait se poser sur la branche d’arbre qu’encadre la fenêtre de sa chambre.

Il est disparu depuis une semaine. Peut-être est-il simplement parti loin des lignes géométriques des superstructures affolantes et démesurées. Ou peut-être les enfants qui grandissent au fond des ruelles l’ont-ils chassé à coups de pierres, enfants déjà vieux, déjà cruels, déjà désespérés.

«Bel oiseau au bec écarlate, bel oiseau au plumage indigo, voilà que l’arbre et ma fenêtre sont en deuil de tes couleurs et de tes chants…»

Peut-être devrait-elle composer un requiem pour l’oiseau, en notes légères, en trilles rouges et indigo, en clé des champs, en rêve majeur.

Un requiem comme celui-là serait tout de même plus joli que les tristes prières aux morts que récitent les humains avec leur curieuse manie de laisser un nom gravé sur une pierre dans la Grande Muraille de l’Illusion, une inscription que le temps et la pluie usent et effacent jusqu’à l’oubli.

La femme regarde passer les gens. Il y a peu de regards ouverts. Les gens n’ont pas le temps, pas le goût, pas l’esprit à ça, pas le courage, pas la force, pas la curiosité. Il y a tant d’excuses à la peur…

Des milliers d’univers se croisent sans se rencontrer, regards fermés, l’amour est bien cadenassé.

Grande Muraille de la Solitude. Longue Muraille de la Détresse.

«Alors j’irai au coin des rues, j’écrirai des soleils sur les murs, je jouerai de l’orgue de Barbarie, je chanterai un requiem heureux pour le bel oiseau disparu, un chant de vie, des mots de joie, une musique folle et lumineuse afin que naissent des sourires au cœur des enfants oubliés de cette ville…»

© Francine Hamelin

 

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L’été du cœur

 

j’ai vu naître des étoiles vermeilles
et des soleils de turquoise
au coeur fou de l’univers
fulgurantes genèses
novae en volutes de feu et d’or
fusion d’argile
fission du temps

j’ai vu la respiration du silence
et les couleurs d’outre-espace
ces arabesques d’infinies musiques
sur des portées d’incommensurables espaces
galactiques symphonies en clés majeures
arcanes étincelants d’un vol d’oiseaux de braise
comètes ailées
effleurant mon front

j’ai vu la sève irisée d’un monde vivant
couler aux veines des arcs-en-ciel
j’ai vu le rire d’un enfant
se dessiner
aux fenêtres magiques de l’aurore

et c’était l’été du cœur

© Francine Hamelin

 

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Miroir

 

La planète est sèche, aride. Sauf peut-être en cet unique lieu où s’étend un lac immense. Mais l’eau même est inerte. Aucun mouvement ne l’agite, inutile miroir d’un ciel plus vide encore.

Nul soleil dans l’infini de l’espace. Seule une clarté diffuse se dégage du sol, au rythme inaudible d’un cœur gigantesque. Silence impénétrable et angoissant des abîmes. Horizon invisible.

Une planète morte… Et pourtant, dans ce monde cauchemardesque, quelque chose bouge. Animal, végétal et inhumain tout à la fois. Aucun rêve ne l’effleure. Ce n’est pas un être, ce n’est qu’une absence dans un désert. Une absence qui se déplace vers nulle part. Et qui passe près du lac sans le faire frissonner.

Et cette absence s’éloigne devant les yeux d’un spectateur qui se dit humain. Et dont l’inconscience l’empêche de comprendre que c’est sa propre image qu’il a vu passer…

© Francine Hamelin

 

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L’éternel

 

sur les vitraux du temps
sur le vent de midi
aux pierres des ruisseaux
aux margelles des puits
sur les racines d’herbes
les chevelures d’arbres
sur l’écorce des pins
j’écrirai l’éternel
et le pays du cœur

sur les portes du jour
toutes grandes ouvertes
au creux des ancolies
au parfum des lilas
sur les chemins de terre
les rêves des étoiles
les routes de mon sang
j’écrirai l’éternel
et le pays du cœur

sur un épi de blé
sur les demeures d’argile
aux vastes lunaisons
d’or et d’ambre et de cuivre
sur l’aile d’un oiseau
sur une fleur éclose
sur tous les sabliers
j’écrirai l’éternel
et le pays du cœur

aux saisons innombrables
aux moissons de lumière
aux pays éclatés
de vives floraisons
sur le bois des voiliers
sur l’espace du temps
sur tous les paysages
j’écrirai l’éternel
et le pays du cœur

© Francine Hamelin

 

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Durée

 

le jour allume des feux d’ambre et d’améthyste
au jardin sauvage des herbes

ô vivante alchimie
d’une saison incendiée de floraisons magiques

je chante la durée de l’arbre
en ce siècle de l’éphémère

© Francine Hamelin

 

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L’adieu

 

ah que le jour soit si bleu
que j’en doive fermer les yeux
comme en ces grands étés silencieux
qui brûlaient à mon front

que vienne l’évasion sauvage
qui me fera voyager
entre les heures et les saisons
mais sans me préoccuper du temps
sans entendre
le battement précipité des horloges obsédantes

ah que le jour soit si bleu
que je vous dise adieu
que je vous dise bonjour

le monde est un aller-retour

© Francine Hamelin

 

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Alchimie

 

dans le creuset du temps mouvant
j’ai mêlé le sable et le jade
afin qu’il en jaillisse
une cantate translucide et odorante
comme un printemps inattendu

dans le feu quotidien
aux braises ardentes des secondes
j’ai mêlé l’onyx et le lapis-lazuli

afin que naisse
une nuit de galaxies étranges
j’ai versé au creux des jours
la rivière de mon sang
l’écarlate de mes veines
le songe fluide des forêts
et les silences fous de la beauté du monde

© Francine Hamelin

 

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L’autre rive

 

je vais vers ce silence océanique
surgissant des univers d’étoiles disparues
je suis la liberté terrienne en ces jours de marée
je suis la maison du délire
et l’aile de l’oiseau
je danse au creux du soleil infini
je recompose la cantate du fleuve
je vais vers les premières lumières du monde
l’autre rive de la nuit

© Francine Hamelin

 

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Danse

 

le feu s’ouvre
fleur palpitante des gestes qui le font naître
il y avait cette femme seule dans la rue
et qui dansait
qui tournoyait
dans le soleil du plein midi
et dans ses yeux d’aigue-marine
la vie tournait
la vie dansait
la vie brûlait
à coeur ouvert
à corps perdu
seule musique du silence
pour accompagner la cadence
de ses pas
en plein midi
d’une rue morte
ou endormie

© Francine Hamelin

 

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Le rêve

 

le rêve est un grand cheval bleu
qui galope dans les dunes du temps
parmi des moissons d’étoiles vives

le rêve est un voilier sauvage
parmi les nuages
d’eau éclatante et sonore
avec les célestes abîmes
comme seule bannière au bout de son mât

le rêve est un silence lunaire
où dans le velours des brumes
un arlequin égrène
une étrange et fascinante mélodie
aux cordes de sa mandoline

le rêve est un jardin sans porte
où des statues de pierre vive
contemplent l’éternel
de leurs yeux d’opale profonde

© Francine Hamelin

 

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Songe

 

assise au bord des saisons changeantes
je rêve
les yeux ouverts
le regard libre et sans entrave

je rêve
et ne suis que le vent
ce souffle que nul n’interroge
car nul n’a vu le vent
qui transporte les voix du monde
et dont les doigts
sont d’insaisissables caresses

© Francine Hamelin

 

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Le haut quotidien

 

riche d’herbes ourlées de vent
de moissons
de racines
j’affirmerai chaque jour de haut quotidien

un pays s’incante dans la nudité des sources

au coeur secret de la terre
il y a ce chant d’arbre fou

au-delà des heures
le temps même approfondit
la vérité du coeur

© Francine Hamelin

 

 

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La louve

 

les oiseaux de la solitude
me frôlent de leur vol lumineux

autour de moi l’Amérique
et ses galaxies électriques
et ses étoiles de néon
et ses forêts écartelées
par les cités tentaculaires
et ses forêts d’immensité
où une louve solitaire
écoute marcher les secondes
écoute bouger le silence

qui donc rêve ce monde ?

qui donc nous rêve ?

l’éternité se consume
comme une flamme nostalgique

© Francine Hamelin

 

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Jardin hivernal

 

et si l’hiver était comme un grand jardin fou
pour les plantes irisées de givre et de douceur
grandissant vivement en se riant des jours
dans l’aveugle croissance de leurs racines blanches
plongeant jusqu’au silence d’origine lointaine
dans l’élan de leurs branches leurs scintillants feuillages
vers les soleils de glace et les étoiles pâles

et si l’hiver n’était qu’une vitre dormante
n’attendant que le signe d’une naissance neuve
et de l’appartenance à son rythme solaire

j’en ferais la chanson qui nous dirait encore
qu’il n’est point de désert en ce pays d’opale
que le sable d’ici a la couleur de l’eau
et que sous les cristaux qui tissent la fenêtre
se forme patiemment la trame des lumières

© Francine Hamelin

 

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Humanité

 

éphémère mémoire
emportée par le mouvement de l’espace

architectures de chair et d’esprit
tourbillons d’atomes
visages passagers
rythme chromatique
chavirant l’impossible permanence

© Francine Hamelin

 

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Espoir

 

espoir
chant de la terre accessible
énigmatique pays
espoir
toutes mes forêts
tous mes arbres peuplés d’ailes

espoir
mon oriflamme
mon flambeau
ma giboulée d’oiseaux
dans l’alchimie d’une saison nouvelle

espoir
mon oasis
ma cathédrale d’aventurine
tu m’arabesques
tu me désensables
tu inaugures
une cantate
de sources fulgurantes
dans la rumeur de mon sang

espoir
ma vive poésie
je me fais orpailleur
pour recueillir
le scintillement des floraisons stellaires

espoir
mon souffle perce-neige
chuchotement de vagues
les fenêtres d’eau
m’ouvrent des paysages inattendus

espoir
parmi les heures désenchaînées
dans la libre danse d’un oiseau
tu émeraudes mes jardins
ô ma fête fauve de feuillages infinis

espoir
lieu d’accueil
fleurissant mes journées

© Francine Hamelin

 

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Âme

 

mouvements secrets d’arbres lisses et nus
un pays se dessine
aux doigts souples du vent

et que m’importent les villes d’existence confuse
je ne sais rien désormais
hors ce qui vibre
au plus profond de l’âme

© Francine Hamelin

 

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Feu blanc

 

j’ai marché sur des étincelles de givre
un grand feu blanc brûlait l’hiver
j’ai marché en compagnie des chevaux de frimas
et de cristal radiant
le pays grandissait à chaque pas
je n’avais pas froid
j’ai marché immensément
au-delà des chemins de la rose givrée des vents
le pays grandissait aux alentours
et s’épanouissait en moi
comme un silence délirant
pays intense
terre puissante
le fleuve était là quelque part
parmi ce flamboiement ardent
consumante blancheur bleutée
nulle balise ne délimitait le jour incendié
j’ai marché infiniment
parmi les soleils de décembre et les joyaux glacés
parmi les éclatantes pierreries de la poudrerie
le pays m’enfantait à chaque pas
au flambeau incandescent de l’hiver

© Francine Hamelin

 

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Tristesse d’eau

 

ce soleil comme un cri muet
au long des îles du silence
âmes de vagues et algues d’or
luisance d’océan aux astres fous
gueule d’azur et de fluide métal
tristesse bleue espérant une rive
entremêlée aux doigts du ciel

ah j’ai brûlé les nefs argentées du temps
et les longs vents sauvages
ne sont plus qu’un murmure apaisé
aux sables désertiques
des plages immobiles

© Francine Hamelin

 

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À la racine du coeur

 

à la racine même du coeur
il y a le cristal des aubes
et l’immense étincelle
des mondes en genèse

je sais
je sais
nul n’est à l’abri des tempêtes
je sais l’argile du temps qui va
et nos corps dépouillés d’artifices
devant les sabliers qui coulent inexorables
et la difficile parole humaine
cherchant à se désenliser
des dunes de l’oubli

mais je sais aussi ce matin
comme un navire de haut-bord
perçant les brouillards nocturnes

et comme un chemin d’étoiles
et de soleils inaltérables
la nudité du jour incendie
tous les horizons de ma mémoire

© Francine Hamelin

 

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L’aube engloutie

 

nous avons ri dans l’aube engloutie
sous les parfums oubliés
parmi les chemins des métamorphoses mystérieuses

au profond jardin des forêts
le temps du monde est secret
comme un œil vert et inconnu

nous sommes les fenêtres de l’amour étranger
aux confins de la neige et de la pierre
dans le cri de l’humaine liberté

© Francine Hamelin

 

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Terre-mémoire

 

dans la nuit embrasée d’une étoile-chimère
j’ai écouté les vents qui soufflaient en mes veines
mosaïque indigo au secret de mon sang
ô Terre ma mémoire d’infinies floraisons

hiéroglyphes du temps ciselés à mes paumes
j’ai tendu mes mains dans leur nudité de chair
et les rêves ont gravé leur mystère en mon âme
ô Terre ma lumière aux vastes horizons

© Francine Hamelin

 

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Un arbre dans l’été

 

et dans ses mille bras tendus vers l’infini
un arbre que l’on dit mort
abrite des ailes frémissantes

soyeuses musiques d’oiseaux
comme une sève d’or
dans l’embrasement de l’été

temps fuyant
temps éternel

© Francine Hamelin

 

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Élan

 

percer la nuit à grande lumière de regard
à mesure que l’on naît dans un élan d’aurore
percer l’oubli à mesure de mémoire
retrouver souvenance de braises et d’étincelles
après le temps de marbre
après le froid des heures
et dans la solitude voir le secret du feu

être plus que d’argile
et devenir silence

© Francine Hamelin

 

arg

Cathédrale

 

alchimie de nos âmes
quel est cet incessant matin
cette aurore de corail
cathédrale éternelle d’un instant éclaté

les forêts des fenêtres
et leurs changeants feuillages
ont la couleur du temps suspendu
aux rêves des saisons

nous sommes à hauteur de jour

nous sommes à hauteur de vie
pays des arbres
et paix de l’aube

tout silence
toute parole
nous rend à l’enfance infinie

© Francine Hamelin

 

arg

Métamorphose

 

j’accueille au creux de moi
une saison
profonde comme un frémissement
du cœur de la terre

ô métamorphose des jours

le vent se fait porteur
de parfums lancinants

voici l’aurore
et sa brûlante cérémonie de couleurs

un oiseau sous son aile cache mille soleils

© Francine Hamelin

 

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Hauts vents de l’univers

 

hauts vents de l’univers
passant sur mon âme
comme un frémissement
d’ondoyante lumière
je respire jusqu’au fond de moi votre liberté

hauts vents de feu
vous insufflez jusqu’à la moelle de mes os
cette chaleur vivante
des plus vastes étés

je vous accueille
dans l’argile de mon corps
comme une soudaine délivrance
vous ouvrez dans mes veines
une saison magnifique

© Francine Hamelin

 

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Fulgurance

 

que vienne une parole immense
qui transformerait notre histoire
en un vaste éclat radiant
au fond de nos yeux entrouverts
pour enfanter en toute joie
un pays au souffle du coeur
telle une nova fabuleuse
porteuse d’énigmes et de signes

que vienne une aurore éternelle
qu’éclate le temps éphémère
ce fleuve étrange qui espère
hantant de sa voix nos artères
que vienne un bel oiseau de braise
pour réanimer la passion
donner au cours de ce voyage
un long écho de fulgurance

© Francine Hamelin