Paul Chaput – Quand l’Amérique était sauvage

Paul Chaput est un ami métis, et quand il m’a entendu chanter cette chanson en récital, il en a été tellement ému qu’il m’a demandé s’il pouvait la reprendre et j’ai dit oui parce je savais qu’il en sentait toute l’âme. De l’album Old Lovers, sorti en 2004.

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant que n’arrive l’orage
avant que ne vienne l’exil
il y avait des chants d’oiseaux
que l’on n’entendra jamais plus
et le visage des peuples
à jamais disparus
dans la longue nuit des fusils

je me souviens de ce pays
Terre d’immensité
entre l’eau et le ciel
Terre démesurée
Terre des esprits ô Terre sacrée
mais il y eut une ombre
venue de la mer
en quelle saison
du sang de mes frères
je sais que la neige était rouge
et qu’il y avait des loups

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
nous connaissions chaque visage
et notre pas était tranquille
nous savions en notre langage
et le respect et le courage
la beauté d’un monde fragile
avant que l’on nous éparpille
dans la longue nuit des fusils

nous avions racines d’étoiles
en cette Terre sans frontières
entre l’arbre et le vent
nous étions libres comme l’air
sur la Terre-mère ô Terre de lumière
mais une ombre est venue
éclater le coeur des oiseaux
et rompre à jamais
le cycle de l’eau
puis elle a éventré la Terre
pillé les forêts les rivières

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant le temps des conquérants
avant que notre vie vacille
notre parole était magie
et notre danse était prière
et nos tambours rythmaient les jours
et les saisons de cette terre
avant la longue nuit des fusils

de la mer une ombre est venue
elle avait un masque si blanc
avec elle a grandi la mort
et le temps de tous les absents
elle a brisé nos mains
elle a rogné les ailes des oiseaux
ô mes frères à jamais perdus
mes soeurs mes enfants disparus
les tambours se sont tus
et puis se sont éteints les chants
il n’est resté que la seule
et simple blessure du silence

l’Amérique n’est plus sauvage
voici venu le temps des villes
l’Amérique n’est qu’un mirage
empli de chemins immobiles
voici le temps des possédants
et le règne des oppresseurs
l’ombre a fauché tous mes enfants
dans sa colère crève-coeur
dans la longue nuit des fusils

voici le temps des imposteurs
et le mensonge de l’argent
sous le drapeau des prédateurs
et l’arrogance des marchands
la Terre clame sa douleur
la Terre des esprits se meurt
et ceux que j’aimais ne sont plus
l’histoire n’a pas fait de vainqueurs
elle n’a laissé que des vaincus
ces oiseaux qui ne volent plus
et tous ces arbres abattus

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant que n’arrive l’orage
avant que ne vienne l’exil
il y avait des chants si beaux
que l’on n’entendra jamais plus
l’âme les rêves et la mémoire
de tous les peuples disparus
dans la longue nuit des fusils

© Paroles et musique: Francine Hamelin (SOCAN) 

A propos Francine Hamelin

Écrivaine, peintre, sculpteure de pierre, auteure-compositrice-interprète.
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11 commentaires pour Paul Chaput – Quand l’Amérique était sauvage

  1. barbarasoleil dit :

    Merveille totale….oh!

    Aimé par 3 personnes

  2. Gh0ST dit :

    C’est beau et très triste aussi. Que ce temps des fusils ne vienne jamais plus. Merci du partage mme Hamelin. ♡

    Aimé par 2 personnes

  3. juliese8 dit :

    Quelle voix magnifique et avec une chanson que j’adore ! 💚😘

    Aimé par 1 personne

  4. Caroline D dit :

    larmes du soir…
    et mon envie de te copier ce passage
    du livre de Sylvain Tesson que je lis ces jours-ci (Les chemins noirs)…
    Il y touche la même douleur…

    « Une batterie d’experts, c’est-à-dire de spécialistes de l’invérifiable, y jugeait qu’une trentaine de départements français appartenait à  » l’hyper-ruralité ». Pour eux, la ruralité n’était pas une grâce mais une malédiction : le rapport déplorait l’arriération de ces territoires qui échappaient au numérique, qui n’étaient pas assez desservis par le réseau routier, pas assez urbanisés ou qui se trouvaient privés de grands commerces et d’accès aux administrations. Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement…
    Au lieu d’écrire « Par les champs et par les grèves », le futur Flaubert qui traverserait ces étendues pourrait se fendre d’un « Par les ZUP et par les ZAC ». Les bénéficiaires de ces aménagements feraient de bons soldats, des hommes remplaçables, prémunis contre ce que le rapport appelait les « votes radicaux ». Car c’était l’arrière-pensée : assurer une conformité psychique de ce peuple impossible. »

    Aimé par 1 personne

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