La soif

où est l’eau

le désert est immense
et la brûlure extrême

au milieu des vastitudes arides
je cherche un puits
je cherche une route
pour en-dedans
pour quelque part
ou nulle part

dune après dune le sable emplit l’horizon

je cherche la route
pour traverser le dédale de la solitude
pour voir la métamorphose du coeur
et l’être accessible

je cherche la clé pour ouvrir au grand jour
l’énigme d’une fenêtre
reconnaître les signes et l’alchimie du pays d’alliance
la mort et la naissance à jamais emmêlées

où est ce silence d’ivoire parmi les aurores boréales
ce silence aux ailes légères
qui venait frôler mes paupières et respirait

où est l’eau pour continuer le voyage
et repousser le temps

où est ce lieu sans exil
ce lieu de repos où s’apaise le coeur du monde

-peut-on briser le cercle
effacer le mirage insensé
dépasser le temps et l’éternité-

le sable

le sable

le sable

ah j’ai frappé le vent de mes poings nus
j’ai fait route avec la folie
j’ai maudit les dieux et les hommes
et l’angoisse incurable de ce siècle dément

j’ai menacé et j’ai prié
et ma voix s’est heurtée aux flancs d’ombre des dunes

j’ai marché
j’ai marché sans fin
j’ai parcouru toute ma mémoire et tous mes oublis
j’ai remué la poussière des greniers perdus
invoqué les vivants et les morts

mais le temps étouffait mes pas
effaçait mes traces
et je n’ai rencontré personne

nul n’a répondu

il n’y avait que cette absence qui brûlait
jusqu’aux tréfonds de l’âme et de la chair
cette troublante nostalgie qui hantait mes artères
et les mille soleils du désert
ont prolongé la soif fulgurante

ô ce silence embrasé où graver ma folie
ce silence où plus rien ne s’inscrit
que l’angoisse du temps et le sable des heures

je suis l’enfant de braise
je suis l’enfant fou et fantasque sur l’échiquier des vies
je suis l’enfant fou de l’humanité anarchique
je suis l’enfant aux os de feu
j’ai parcouru le désert sans horizon du temps
et le temps a brûlé mon sang

je suis l’enfant aux mains nues
j’ai parcouru l’univers étincelant des sables sauvages
j’ai questionne
j’ai interrogé

mais nulle eau
n’est venue éteindre
la soif qui me consume
et qu’a allumée en moi
l’étendue des dunes ardentes

mon sang est mûr
et veille au seuil du monde

 

© Francine Hamelin (tiré de La femme envolée et autres poèmes du feu et de la soif)

A propos Francine Hamelin

Écrivaine, peintre, sculpteure de pierre, auteure-compositrice-interprète.
Cet article a été publié dans La femme envolée et autres poèmes du feu et de la soif, Poésie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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