L’oiseau aveugle

ô jour nu et translucide des jardins
en plein midi l’enfance me montre
son profil de lumière
ses gestes dévorés de soleil

l’oiseau aveugle fixe de ses yeux de sable éteint
l’arbre en son cœur secret

les miroirs ont brûlé son regard
mais un océan habite sous son aile
au-delà de ses prunelles immolées de reflets

l’oiseau rêve dans le jardin
nos bras refermés sur les roses veillent
la solitude de sa cécité

le feu se givre comme une pierrerie à nos lèvres
notre sang s’accomplit en transparence
filigranes d’aubépine
crépitement des sèves
ô incandescence du jour

parmi les fêtes
l’enfance renoue le fil des fontaines
que d’autres avaient perdues
pour avoir trop régné
sur le versant de sel des montagnes arides

*****

dites
suffirait-il d’écouter l’arbre
pour que se dévoile le mystère du temps
au coeur des cathédrales
dites-moi

suffirait-il qu’une lueur s’attache
aux pas des orpailleurs
suffirait-il qu’un cristal se déplie comme une flamme
pour que tous les vitraux deviennent un anticrépuscule

l’oiseau rêve entre les heures
ses yeux attendent éternellement

*****

des arlequins libèrent les colombes
dans les cités solaires
dans le rite essentiel
leurs mains sont apaisées et calmes comme une eau

mon sang s’étonne au rire d’une rose des vents

j’avance plus loin
plus près
au mystère des fontaines

un langage grésille sous le chant de l’oiseau

*****

peut-être aurai-je mémoire
de l’envers de l’eau
de l’envers du temps
et de tant d’arbres bleus
naissant aux sillons de mes paumes

alors je dirai le dépouillement du jour

c’est de magie et de lumière
que s’inventent les aubes

c’est de vivre que j’aurai souvenance

alors je dirai la montagne
épanouie d’un printemps sacré
et l’oiseau aux yeux retrouvés
dans la fusion du jour

*****

l’oiseau respire entre les flancs de la forêt
l’oiseau-cathédrale
source de lumière
et attente du monde à naître
présence douce au ventre de la terre

ô instant de marée pure
quand vacille son chant comme un souffle
quand rayonnent en lui
les rires de l’univers
et le matin qui s’éveille aux paroles des arbres

*****

le soleil a bu
jusqu’aux racines d’ivoire de mes os
jusqu’à la rose pourpre de mon sang

il n’a laissé de moi
que l’image blanche et saline
de mon visage perdu au faîte des falaises
mes lèvres à peine brûlées du cri des vagues douces
mon âme devant moi
plus longue que mes bras
mon enfance comme un jardin océanique

il n’a laissé de moi
qu’un geste paisible dans la nudité du jour
pour l’oiseau au regard intérieur

 

© Francine Hamelin (tiré de Intérieur des jours)

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A propos Francine Hamelin

Écrivaine, peintre, sculpteure de pierre, auteure-compositrice-interprète.
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