Quand l’Amérique était sauvage

Je ne sais pas si coule dans mes veines du sang autochtone, mais mon âme est liée à la Terre et aux esprits qui l’habitent. En cela je me sens proche des Premières Nations. Et je suis révoltée et profondément attristée de tout ce que nous leur avons fait et faisons encore subir, de tous les préjugés et du mépris que tant de gens leur témoignent aujourd’hui même. Nous pensons encore, hélas!, en colonisateurs irrespectueux de la Terre et des humains.

 

Avec Laren Bélec à la guitare acoustique et au clavier et moi-même à la guitare acoustique.

 

 

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant que n’arrive l’orage
avant que ne vienne l’exil
il y avait des chants d’oiseaux
que l’on n’entendra jamais plus
et le visage des peuples
à jamais disparus
dans la longue nuit des fusils

je me souviens de ce pays
Terre d’immensité
entre l’eau et le ciel
Terre démesurée
Terre des esprits ô Terre sacrée
mais il y eut une ombre
venue de la mer
en quelle saison
du sang de mes frères
je sais que la neige était rouge
et qu’il y avait des loups

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
nous connaissions chaque visage
et notre pas était tranquille
nous savions en notre langage
et le respect et le courage
la beauté d’un monde fragile
avant que l’on nous éparpille
dans la longue nuit des fusils

nous avions racines d’étoiles
en cette Terre sans frontières
entre l’arbre et le vent
nous étions libres comme l’air
sur la Terre-mère ô Terre de lumière
mais une ombre est venue
éclater le coeur des oiseaux
et rompre à jamais
le cycle de l’eau
puis elle a éventré la Terre
pillé les forêts les rivières

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant le temps des conquérants
avant que notre vie vacille
notre parole était magie
et notre danse était prière
et nos tambours rythmaient les jours
et les saisons de cette terre
avant la longue nuit des fusils

de la mer une ombre est venue
elle avait un masque si blanc
avec elle a grandi la mort
et le temps de tous les absents
elle a brisé nos mains
elle a rogné les ailes des oiseaux
ô mes frères à jamais perdus
mes soeurs mes enfants disparus
les tambours se sont tus
et puis se sont éteints les chants
il n’est resté que la seule
et simple blessure du silence

l’Amérique n’est plus sauvage
voici venu le temps des villes
l’Amérique n’est qu’un mirage
empli de chemins immobiles
voici le temps des possédants
et le règne des oppresseurs
l’ombre a fauché tous mes enfants
dans sa colère crève-coeur
dans la longue nuit des fusils

voici le temps des imposteurs
et le mensonge de l’argent
sous le drapeau des prédateurs
et l’arrogance des marchands
la Terre clame sa douleur
la Terre des esprits se meurt
et ceux que j’aimais ne sont plus
l’histoire n’a pas fait de vainqueurs
elle n’a laissé que des vaincus
ces oiseaux qui ne volent plus
et tous ces arbres abattus

quand l’Amérique était sauvage
quand l’Amérique était une île
avant que n’arrive l’orage
avant que ne vienne l’exil
il y avait des chants si beaux
que l’on n’entendra jamais plus
l’âme les rêves et la mémoire
de tous les peuples disparus
dans la longue nuit des fusils

 

© Francine Hamelin (SOCAN) (de l’album L’envers des jours)

A propos Francine Hamelin

Écrivaine, peintre, sculpteure de pierre, auteure-compositrice-interprète.
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2 commentaires pour Quand l’Amérique était sauvage

  1. bouzou dit :

    Pas un seul ‘j’AIME » pour une si belle et juste chanson ? !

    Aimé par 1 personne

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